Réseau de trafic sexuel de mineures, clients milliardaires et chefs d'État, suicide contesté en prison, documents judiciaires massivement déclassifiés en janvier 2026, volet français en cours d'instruction : l'affaire Epstein touche aux élites mondiales, à la justice, à la presse et désormais à la politique française. Voici un point complet, et ce que les 26 candidats à la présidentielle 2027 disent des enjeux qu'elle soulève.
Affaire Epstein : c'est quoi, en résumé ?
L'affaire Epstein désigne l'ensemble des enquêtes, procès et révélations autour du financier américain Jeffrey Epstein (1953-2019) et de sa complice Ghislaine Maxwell. Tous deux sont accusés — et condamnés, dans le cas de Maxwell — d'avoir organisé pendant plus de vingt ans un réseau de trafic sexuel de mineures, en recrutant, transportant et livrant des adolescentes à Epstein et à son cercle d'amis puissants, dans ses différentes résidences (Manhattan, Palm Beach, Nouveau-Mexique, et son île privée de Little Saint James).
L'affaire croise plusieurs sujets : justice pénale, violences sexuelles sur mineurs, transparence judiciaire, influence politique et financière, liberté de la presse.
Qui était Jeffrey Epstein ?
Jeffrey Epstein est un financier américain né en 1953 à Brooklyn. Ancien professeur de mathématiques, il devient banquier d'affaires chez Bear Stearns dans les années 1970, avant de créer sa propre société de gestion de fortune réservée aux clients pesant plus d'un milliard de dollars. Son patrimoine estimé à sa mort : plus de 500 millions de dollars. Son réseau mondain, aussi, est immense : il fréquente des milliardaires, des universitaires de Harvard et du MIT, des personnalités politiques (dont plusieurs présidents américains) et des membres de familles royales européennes.
Chronologie de l'affaire Epstein
- 2005 : la police de Palm Beach (Floride) ouvre une enquête après le témoignage d'une mère de victime mineure.
- 2008 : Epstein plaide coupable dans un accord controversé (« non-prosecution agreement ») négocié par le procureur Alexander Acosta. Il purge 13 mois avec permissions quotidiennes.
- 2018 : le Miami Herald, via l'enquête de la journaliste Julie K. Brown, publie la série « Perversion of Justice » qui relance l'affaire.
- 6 juillet 2019 : Epstein est arrêté à New York pour trafic sexuel de mineures.
- 10 août 2019 : Epstein est retrouvé mort dans sa cellule du Metropolitan Correctional Center. Sa mort est officiellement classée « suicide par pendaison » — conclusion contestée par une partie de sa famille et de l'opinion publique.
- Juillet 2020 : Ghislaine Maxwell est arrêtée.
- Décembre 2021 : Maxwell est reconnue coupable de cinq chefs d'accusation, dont trafic sexuel de mineurs. Elle est condamnée à 20 ans de prison.
- Janvier 2024 : la justice américaine rend publics plus de 900 pages de documents judiciaires dans l'affaire Giuffre v. Maxwell, contenant les noms de dizaines de personnalités associées à Epstein.
- Fin 2025 : le Congrès américain adopte l'Epstein Files Transparency Act à la quasi-unanimité (427 voix pour contre 1 à la Chambre, adoption à l'unanimité au Sénat).
- 30 janvier 2026 : le Department of Justice publie, en application de la loi, plus de 3 millions de pages de documents, plus de 2 000 vidéos et 180 000 images. C'est la plus grande déclassification de l'histoire de l'affaire.
- Février-mars 2026 : multiplication des enquêtes dans le monde, arrestation d'Andrew Mountbatten-Windsor (ex-prince Andrew) le 18 février au Royaume-Uni, ouverture d'enquêtes françaises, premières mises en cause publiques.
La « liste Epstein » : qu'est-ce que c'est exactement ?
Il n'existe pas une unique « liste Epstein ». L'expression recouvre en réalité plusieurs documents distincts :
- Le « petit carnet noir » (little black book) : carnet d'adresses personnel d'Epstein, contenant plusieurs centaines de noms de contacts professionnels, mondains et personnels. Être dans ce carnet ne signifie ni complicité ni culpabilité.
- Les carnets de vol du « Lolita Express » (son Boeing 727 et Gulfstream) : ils listent les passagers transportés par Epstein, parmi lesquels d'anciens présidents, des familles royales, des scientifiques et des milliardaires.
- Les documents judiciaires de l'affaire Virginia Giuffre v. Ghislaine Maxwell (déposés en 2015, descellés en 2024) : plus de 900 pages qui citent les noms de tiers mentionnés par les parties lors des dépositions.
- Les « Epstein files » déclassifiés par le Congrès américain et le DoJ en 2025-2026 : notes d'enquête, interrogatoires, pièces du FBI.
Important : figurer dans l'un de ces documents ne vaut pas accusation. La présence d'un nom peut simplement signaler une relation professionnelle, mondaine ou une fréquentation ponctuelle.
Les « Epstein files » : que révèlent les documents judiciaires ?
Les documents descellés en 2024, 2025 puis massivement en janvier 2026 révèlent :
- L'ampleur du réseau de recrutement de victimes, souvent mineures, par Ghislaine Maxwell et d'autres complices.
- La complaisance de certaines autorités locales américaines, notamment lors de l'accord de 2008.
- Les liens entre Epstein et plusieurs institutions académiques et financières (Harvard, MIT, banques d'affaires).
- Des témoignages directs de victimes citant des hommes puissants, dont le prince Andrew d'York — qui a réglé à l'amiable une plainte civile pour 12 millions de livres en 2022, avant d'être finalement arrêté le 18 février 2026 au Royaume-Uni pour soupçons de partage de documents confidentiels avec Epstein.
- De nouveaux noms internationaux rendus publics en 2026 : la future reine de Norvège Mette-Marit, l'ancien Premier ministre norvégien Thorbjørn Jagland, l'ancien ministre slovaque des Affaires étrangères Miroslav Lajčák, et plusieurs personnalités françaises (voir ci-dessous).
Comme pour les précédentes vagues, figurer dans ces documents ne vaut pas accusation : il peut s'agir d'une fréquentation mondaine, d'un contact professionnel ou d'une mention faite par un tiers.
Le volet français de l'affaire Epstein : Brunel, Jack Lang, Gérald Marie
La France n'est pas restée à l'écart de l'affaire. La publication massive des « Epstein Files » le 30 janvier 2026 a au contraire ouvert un volet français inédit, avec plusieurs noms désormais dans le viseur de la justice.
Jean-Luc Brunel : le pilier historique du dossier français
Ancien agent de mannequins, fondateur de MC2 Model Management, Jean-Luc Brunel est considéré comme un collaborateur central d'Epstein côté français.
- Décembre 2020 : ouverture d'une information judiciaire pour viol sur mineur, agression sexuelle et trafic d'êtres humains.
- Décembre 2021 : Brunel est arrêté à Roissy et placé en détention provisoire à la prison de la Santé.
- 19 février 2022 : Brunel est retrouvé mort dans sa cellule, officiellement par pendaison.
- 20 février 2026 : à la suite de la publication des « Epstein Files », le parquet de Paris rouvre l'enquête sur les associés d'Epstein en France, Brunel compris, pour éclaircir les complicités.
Jack Lang : enquête du PNF pour blanchiment aggravé de fraude fiscale
L'ancien ministre de la Culture de François Mitterrand Jack Lang est cité 673 fois dans les « Epstein Files » publiés le 30 janvier 2026.
- 6 février 2026 : le Parquet national financier (PNF) ouvre une enquête pour « blanchiment aggravé de fraude fiscale » visant Jack Lang et sa fille Caroline Lang. À ce stade, aucune accusation de violences sexuelles n'est portée contre lui.
- 10 février 2026 : Jack Lang démissionne de la présidence de l'Institut du Monde Arabe, qu'il occupait depuis 2013. Le siège parisien de l'Institut est perquisitionné.
- 14 février 2026 : dans sa première interview, Jack Lang conteste vigoureusement les accusations, se dit « plus blanc que blanc », dénonce un « tsunami de calomnies » et affirme n'avoir « jamais reçu un centime » d'Epstein.
D'autres Français sont cités par France 24 (17 février 2026) comme étant « dans le viseur de la justice » : Fabrice Aidan, homme d'affaires mentionné dans les échanges, et plusieurs intermédiaires.
Gérald Marie et les anciennes mannequins d'Elite
Le 19 mars 2026, 15 anciennes mannequins demandent à la justice française d'enquêter sur Gérald Marie, ancien patron de l'agence Elite, et sur Daniel Siad, recruteur. Les plaignantes affirment détenir des « documents judiciaires et des e-mails » prouvant la collaboration entre Gérald Marie, Jean-Luc Brunel et Jeffrey Epstein, via les agences MC2 et E Model Management.
Le parquet de Paris a ouvert deux enquêtes-cadre : l'une pour infractions de traite d'êtres humains, l'autre pour infractions financières, afin d'analyser méthodiquement les dénonciations liées à Epstein.
L'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) continue parallèlement de recueillir des témoignages. Plusieurs mannequins et anciens modèles ont déposé plainte pour dénoncer un système d'exploitation et de recrutement de jeunes filles, parfois mineures.
Les enjeux soulevés par l'affaire
L'affaire touche à plusieurs sujets qui dépassent le seul cas pénal :
- L'impunité des puissants : la justice a-t-elle les moyens de poursuivre des hommes dotés d'un patrimoine, d'un réseau et d'une armée d'avocats ?
- La protection des mineurs dans des industries où la porosité est forte : mannequinat, cinéma, nuit, élites financières.
- Le rôle du journalisme d'investigation : sans le travail de Julie K. Brown et du Miami Herald, l'affaire ne serait jamais ressortie.
- La culture du silence autour des violences sexuelles, avec des victimes qui ont mis parfois 20 ans à être écoutées.
- La transparence judiciaire : faut-il publier plus, et plus vite, les documents liés aux affaires touchant les personnalités publiques ?
Les 26 candidats à la présidentielle 2027 et les enjeux soulevés par l'affaire Epstein
Peu de candidats ont commenté directement l'affaire Epstein — c'est une affaire essentiellement américaine. En revanche, les sujets qu'elle soulève — impunité des élites, protection des mineurs, indépendance de la justice, liberté de la presse — traversent tous les programmes. Voici comment les 26 candidats du Quizz du Berger se positionnent sur ces enjeux, en quatre axes.
1. Lutte contre la pédocriminalité et les violences sexuelles
Un consensus transpartisan existe sur le principe : il faut renforcer la lutte contre la pédocriminalité et les violences sexuelles. Les divergences portent sur les moyens (imprescriptibilité, formation des magistrats, budgets, victimologie).
- Marine Tondelier et Delphine Batho (écologistes) portent des propositions fortes sur les violences faites aux femmes et aux enfants, en lien avec les mouvements féministes.
- Clémentine Autain — figure féministe historique, notamment autour du mouvement #MeToo en France.
- François Ruffin — met en avant la honte sociale et l'impunité comme moteurs des violences.
- Marine Le Pen et Éric Zemmour insistent sur le durcissement des peines, notamment pour les crimes sexuels sur mineurs.
- Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau (LR) — alourdissement des sanctions et perpétuité réelle pour les crimes les plus graves contre les mineurs.
- Gabriel Attal, Édouard Philippe, Gérald Darmanin — continuité des plans gouvernementaux sur les violences faites aux femmes et aux enfants, avec un accent sur la formation des policiers et magistrats.
- Raphaël Glucksmann — porte le sujet au Parlement européen, notamment sur les images pédopornographiques et la régulation des plateformes.
2. Indépendance de la justice face aux puissants
L'affaire Epstein illustre la difficulté de poursuivre des personnes ultra-riches. Les candidats se divisent sur les remèdes.
- Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Fabien Roussel, Juan Branco — plaident pour un vrai statut pénal des élus et des puissants, le renforcement du parquet national financier, l'inéligibilité en cas de condamnation pour corruption ou violences.
- Nathalie Arthaud (LO) — dénonce un système judiciaire de classe, favorable aux riches.
- Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau — dénoncent l'« oligarchie » et demandent plus de transparence et de contrôle citoyen.
- Éric Zemmour — critique une justice « à deux vitesses » mais centre davantage son propos sur la délinquance quotidienne que sur les élites.
- Édouard Philippe, François Bayrou, Dominique de Villepin, François Hollande, Bernard Cazeneuve — défendent l'indépendance institutionnelle du parquet et davantage de moyens pour les magistrats.
- Gabriel Attal, Gérald Darmanin, David Lisnard — prônent un renforcement des effectifs, de la formation et des moyens d'enquête financière.
- Marine Tondelier, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj — réforme institutionnelle pour garantir l'indépendance des procureurs.
- Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau — davantage d'autorité de l'exécutif pour garantir l'efficacité pénale, tout en respectant la séparation des pouvoirs.
- Patrick Sébastien — expression d'une défiance populaire envers les élites judiciaires et politiques.
3. Transparence, liberté de la presse et lanceurs d'alerte
L'affaire Epstein n'aurait jamais ressurgi sans le travail de presse au long cours. Tous les candidats reconnaissent l'importance de cette liberté, avec des intensités variables.
- François Ruffin, Clémentine Autain, Juan Branco — défense offensive de la liberté de la presse, soutien aux lanceurs d'alerte, critique de la concentration médiatique.
- Marine Tondelier, Delphine Batho, Raphaël Glucksmann — plaident pour une loi anti-concentration renforcée et la protection des sources journalistiques.
- Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Nathalie Arthaud — dénoncent un paysage médiatique dominé par quelques milliardaires.
- Édouard Philippe, François Bayrou, François Hollande, Bernard Cazeneuve, Dominique de Villepin, Jérôme Guedj — défense institutionnelle du pluralisme et de l'indépendance de l'audiovisuel public.
- Gabriel Attal, Gérald Darmanin — soutien à la loi contre les manipulations de l'information et à l'encadrement des plateformes.
- Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, David Lisnard — attachement à la liberté de la presse, tout en insistant sur la responsabilité juridique des médias.
- Marine Le Pen, Éric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau — critique des « médias mainstream » et demande d'un meilleur accès pour les médias alternatifs.
- Patrick Sébastien — se présente comme défenseur d'une parole libre face au « politiquement correct ».
4. Corruption, lobbying et impunité des élites
C'est l'angle le plus directement lié à l'affaire. Le Quizz du Berger consacre un thème entier à la corruption et au lobbying, avec des positions tranchées.
- Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Clémentine Autain, Fabien Roussel, Nathalie Arthaud, Juan Branco — le système est structurellement corrompu ; il faut un choc démocratique (VIᵉ République, RIC, interdiction stricte du pantouflage).
- Marine Tondelier, Delphine Batho, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj — renforcer la HATVP, encadrer le lobbying, créer un registre européen contraignant.
- Marine Le Pen, Éric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau — dénoncent une oligarchie mondialisée ; proposent un contrôle renforcé des élus et un retour de la souveraineté nationale.
- Édouard Philippe, François Bayrou, François Hollande, Bernard Cazeneuve, Dominique de Villepin — ligne institutionnelle : la loi Sapin 2 a fait ses preuves, il faut l'approfondir sans remettre en cause le cadre général.
- Gabriel Attal, Gérald Darmanin, David Lisnard — renforcer les moyens des juges financiers et les obligations de transparence, sans stigmatiser les réussites individuelles.
- Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau — fermeté pénale sur la corruption publique ; exigence d'exemplarité des élus.
- Patrick Sébastien — expression de la défiance populaire, position peu structurée sur le plan programmatique.
Les questions du Quizz du Berger directement liées à l'affaire Epstein
Si l'affaire Epstein vous interroge, le Quizz du Berger propose plusieurs questions qui touchent directement à ses enjeux :
- Corruption et lobbying — 5 questions, dont le lobbying, les « portes tournantes » entre politique et privé, et le financement des campagnes.
- Police, justice et sécurité — notamment « Que pensez-vous de la justice en France ? » et « Que pensez-vous de la situation dans les prisons françaises ? ».
- Société — les questions liées aux droits des victimes et aux violences sexuelles.
- Affaires étrangères — la relation de la France avec les grandes puissances, dont les États-Unis, d'où est parti le dossier.
Pour aller plus loin
L'affaire Epstein n'est pas un dossier que les candidats français commentent tous les jours, mais les sujets qu'elle soulève — protection des mineurs, impunité des puissants, indépendance de la justice, rôle de la presse — touchent plusieurs thèmes du Quizz du Berger. Les 126 questions vous permettent de comparer vos positions à celles des 26 candidats.