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Accord UE-Mercosur : tout comprendre et les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027

2026-02-27

Signature de l'accord UE-Mercosur fin 2024, mobilisation des agriculteurs, votes à l'Assemblée nationale, ratification européenne en janvier 2026 puis saisine de la Cour de justice de l'UE : le dossier Mercosur structure une partie du débat politique français depuis bientôt deux ans. Voici les éléments à connaître, et les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027.

Mercosur : c'est quoi, exactement ?

Le Mercosur (Mercado Común del Sur, « Marché commun du Sud ») est une union douanière créée en 1991 par le traité d'Asunción. Elle regroupe aujourd'hui quatre pays membres à part entière : l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. La Bolivie est en cours d'adhésion, le Venezuela est suspendu depuis 2016, et plusieurs pays (Chili, Colombie, Pérou, Équateur, Guyana, Suriname) sont associés.

Ensemble, les pays du Mercosur représentent environ 270 millions d'habitants et la 5ᵉ économie mondiale si on les agrège. Leur spécialité : l'exportation de matières premières et de produits agricoles, en particulier le bœuf, le soja, le maïs, le sucre, la volaille et l'éthanol.

L'accord UE-Mercosur : 25 ans de négociations

L'accord UE-Mercosur est un traité de libre-échange négocié entre l'Union européenne et les quatre pays du Mercosur. Son objectif : supprimer ou réduire les droits de douane sur l'essentiel des échanges commerciaux entre les deux blocs et ouvrir des quotas agricoles en Europe.

Chronologie :

  • 1999 : ouverture des négociations.
  • 2019 : accord politique « de principe » annoncé entre la Commission européenne et le Mercosur.
  • 2020-2023 : la France, plusieurs pays européens et le Parlement européen bloquent la ratification en raison d'enjeux environnementaux et agricoles.
  • 6 décembre 2024 : à Montevideo, Ursula von der Leyen annonce la conclusion politique de l'accord avec les présidents du Mercosur.
  • Novembre 2025 : l'Assemblée nationale française adopte une seconde résolution contre l'accord, à la quasi-unanimité (244 voix pour, 1 contre), le groupe macroniste étant le seul à s'abstenir.
  • 9 janvier 2026 : les États membres de l'UE, réunis au Conseil, valident le texte malgré l'opposition française.
  • 17 janvier 2026 : signature officielle de l'accord par Ursula von der Leyen côté européen.
  • 21 janvier 2026 : le Parlement européen, par une majorité étroite (334 pour, 324 contre, 11 abstentions), saisit la Cour de justice de l'Union européenne, ce qui suspend la ratification en attendant la décision de la Cour.
  • Début mars 2026 : le Parlement brésilien approuve de son côté l'accord.
  • 1er mai 2026 : entrée en vigueur provisoire prévue pour la partie commerciale, malgré la saisine.

Concrètement, l'accord prévoit l'importation en Europe de 99 000 tonnes de bœuf sud-américain à droits réduits, 180 000 tonnes de volaille, 190 000 tonnes de sucre, ainsi que du maïs, du soja et de l'éthanol, en échange d'un meilleur accès pour l'automobile, les vins, les spiritueux, les produits laitiers et les biens industriels européens.

Pourquoi l'accord divise la France

1. L'agriculture : la ligne de front

Les syndicats agricoles français (FNSEA, Coordination Rurale, Confédération paysanne) sont unanimement opposés à l'accord. Leur argument principal : distorsion de concurrence. Le bœuf brésilien est produit avec des antibiotiques activateurs de croissance interdits en Europe, le soja argentin utilise des pesticides (atrazine, glyphosate à forte dose) bannis dans l'UE, et les normes de bien-être animal sont incomparables. Importer ces produits reviendrait, selon eux, à importer une concurrence déloyale et à condamner des pans entiers de l'élevage français.

2. Le climat et la déforestation

Les ONG environnementales pointent le risque d'accélération de la déforestation amazonienne : plus d'exportations agricoles = plus de terres cultivées = plus de forêt défrichée. L'accord prévoit bien des engagements sur l'Accord de Paris, mais les critiques jugent les mécanismes de contrôle insuffisants. Les ONG réclament des clauses miroirs — c'est-à-dire l'obligation pour les produits importés de respecter les mêmes normes sanitaires et environnementales que les produits européens.

3. L'industrie et les exportateurs

À l'inverse, l'industrie automobile allemande, le secteur du vin, des spiritueux, du luxe et de la chimie voient dans l'accord une opportunité de croissance. Le Medef, la CCI France International et les grands groupes exportateurs soutiennent la signature, arguant que refuser l'accord reviendrait à laisser le marché sud-américain à la Chine.

4. La souveraineté alimentaire

Au-delà du clivage gauche-droite, la question de l'indépendance alimentaire traverse tout le spectre politique. Pour beaucoup, importer massivement de la nourriture d'un autre continent est à la fois un non-sens écologique (transport) et stratégique (dépendance).

Le Mercosur à l'Assemblée nationale

Le 26 novembre 2024, l'Assemblée nationale française a voté une première résolution rejetant l'accord UE-Mercosur en l'état, à une très large majorité transpartisane (484 voix pour, 70 contre). Ont voté contre l'accord : le Rassemblement National, La France Insoumise, le Parti Socialiste, Les Écologistes, le Parti Communiste, LR, les non-inscrits et une majorité du groupe Renaissance. Ce vote n'a pas de valeur juridique contraignante mais exprime la volonté politique de la représentation nationale.

Côté Sénat, une résolution similaire avait été adoptée le 5 novembre 2024. Fin 2024, le gouvernement français a réaffirmé officiellement son opposition à l'accord « en l'état ».

En novembre 2025, à la veille des votes européens décisifs, l'Assemblée nationale a récidivé avec une seconde résolution à la quasi-unanimité (244 voix pour, 1 contre), appelant le gouvernement à adopter une « minorité de blocage » au Conseil de l'UE. Fait remarquable, le groupe macroniste est le seul à s'être abstenu, creusant un écart politique entre la majorité présidentielle et l'ensemble des autres groupes.

Malgré la pression parlementaire française, la France n'est pas parvenue à réunir une minorité de blocage suffisante au Conseil de l'UE le 9 janvier 2026. L'accord a donc été formellement signé le 17 janvier 2026 par Ursula von der Leyen, avant d'être partiellement suspendu par la saisine de la Cour de justice de l'UE le 21 janvier.

Les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027

Le débat Mercosur traverse les clivages habituels gauche-droite. Pour y voir clair, on a regroupé les 26 candidats en quatre familles selon leurs positions publiques et leurs réponses aux questions du Quizz du Berger sur le libre-échange et l'indépendance alimentaire.

Famille 1 — Opposants déclarés à l'accord, au nom du protectionnisme ou de l'écologie

Ces candidats rejettent l'accord UE-Mercosur sans ambiguïté. Leurs motifs varient (souveraineté, écologie, défense des classes populaires, anti-libéralisme) mais leur conclusion converge : non à la ratification.

  • Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Opposant historique aux traités de libre-échange. Parle du Mercosur comme d'un « hold-up » au profit des multinationales et prône le protectionnisme solidaire.
  • François Ruffin — Figure médiatique du rejet de l'accord, multiplie les déplacements aux côtés des agriculteurs. Défend l'indépendance alimentaire et la relocalisation.
  • Clémentine Autain — Alignée sur la ligne LFI : opposition frontale, critique du libre-échange généralisé.
  • Fabien Roussel (PCF) — Rejet au nom des travailleurs français et de la souveraineté agricole.
  • Nathalie Arthaud (LO) — Dénonce un accord au service du capital international, quelles que soient ses modalités.
  • Juan Branco — Opposition frontale au traité, dénoncé comme un exemple de l'hégémonie technocratique.
  • Marine Le Pen (RN) — Opposition totale au nom du « patriotisme économique ». A fait voter son groupe contre l'accord à l'Assemblée et au Parlement européen.
  • Éric Zemmour (Reconquête) — Rejet ferme, argumentation centrée sur la souveraineté nationale et la défense du monde rural français.
  • Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Souverainiste historique, opposé à tous les traités de libre-échange, Mercosur compris.
  • François Asselineau (UPR) — Frexiteur, dénonce l'accord comme une preuve supplémentaire que l'UE ne défend pas les intérêts français.
  • Marine Tondelier (Les Écologistes) — Rejet au nom du climat, de la déforestation amazonienne et des normes sanitaires. Réclame des clauses miroirs strictes comme préalable à toute négociation.
  • Delphine Batho (Génération Écologie) — Opposition écologique, met en avant l'incohérence climatique et la menace sur la biodiversité.
  • Raphaël Glucksmann (Place Publique / PS) — A voté contre l'accord au Parlement européen. Défend l'idée d'une Europe qui protège ses agriculteurs et ses normes.
  • Patrick Sébastien — Prend position contre l'accord au nom du monde rural et de la défense des éleveurs.

Famille 2 — Favorables au commerce, mais à condition de clauses miroirs et de protections

Ces candidats ne rejettent pas le principe d'un accord commercial avec le Mercosur, mais exigent des garanties fortes : normes sanitaires et environnementales identiques, clauses miroirs, filets de sécurité pour les agriculteurs.

  • Édouard Philippe (Horizons) — Position nuancée : favorable au commerce international mais opposé à l'accord « en l'état », demande des clauses miroirs et des compensations pour les filières sensibles.
  • Laurent Wauquiez (LR) — Rejet de l'accord tel qu'il est, mais pas du principe. Insiste sur la protection de l'élevage français et les normes sanitaires.
  • Xavier Bertrand — Ligne similaire : opposé à la version actuelle, favorable à un accord rééquilibré.
  • François Bayrou (MoDem) — Position centriste : reconnaît l'intérêt du commerce international mais demande que l'accord soit conditionné à des réciprocités environnementales et sanitaires.
  • François Hollande — Souligne les insuffisances de l'accord sur le climat et l'agriculture, appelle à une renégociation.
  • Bernard Cazeneuve — Opposé à l'accord en l'état, invoque à la fois la protection de l'agriculture française et la cohérence climatique de l'UE.
  • Dominique de Villepin — Critique de la mondialisation dérégulée, plaide pour un multilatéralisme qui protège les peuples et les écosystèmes.
  • Jérôme Guedj (PS) — Ligne socialiste classique : non à l'accord sans clauses miroirs, oui à un commerce juste.
  • Bruno Retailleau — Opposé à la ratification actuelle, notamment pour protéger l'élevage et la ruralité, tout en restant partisan d'une économie ouverte.

Famille 3 — Plutôt favorables au libre-échange régulé, mais prudents sur le Mercosur

Ces candidats défendent le principe du libre-échange et l'ouverture commerciale, tout en reconnaissant les problèmes spécifiques posés par l'accord UE-Mercosur. Leur position : oui sur le fond, mais après modifications.

  • Gabriel Attal (Renaissance) — Défend une Europe commerciale forte, mais s'est aligné sur la position française officielle : pas de ratification « en l'état » sans garanties sanitaires et environnementales.
  • Gérald Darmanin — Pragmatique, insiste sur la nécessité d'un cadre européen qui protège les agriculteurs tout en maintenant l'ouverture commerciale.
  • David Lisnard — Libéral assumé, mais prudent : demande des clauses miroirs robustes avant toute ratification.

Un consensus français, des nuances à l'étranger

Sur les 26 candidats du Quizz du Berger, aucun ne défend la ratification de l'accord UE-Mercosur dans sa version actuelle. Les différences portent sur l'intensité du rejet (refus de principe ou demande de renégociation) et sur les motifs (souveraineté, écologie, agriculture, libéralisme équitable). Cette quasi-unanimité française contraste avec la position de l'Allemagne, de l'Espagne et du Portugal, favorables à l'accord, qui ont permis sa signature au Conseil de l'UE le 9 janvier 2026 malgré la pression française.

Et maintenant ? Les recours qui restent

Avec la signature du 17 janvier 2026, le front s'est déplacé. Les opposants misent désormais sur quatre recours :

  • La saisine de la Cour de justice de l'UE par le Parlement européen (21 janvier 2026), qui conteste la manière dont la Commission a scindé l'accord en deux volets pour éviter une ratification par les 27 parlements nationaux.
  • Le blocage possible par le Parlement européen lors du vote de ratification une fois la question juridique tranchée.
  • Le vote éventuel des parlements nationaux sur le volet politique (Portugal, Italie, Pologne et Irlande pourraient basculer).
  • Les mesures nationales d'accompagnement : clauses de sauvegarde, soutiens aux filières sensibles, renforcement des contrôles sanitaires à l'importation.

Arguments pour et arguments contre l'accord UE-Mercosur

Arguments en faveur de l'accordArguments contre l'accord
Accès pour l'industrie européenne (automobile, chimie, machines) à un marché de 270 millions de consommateurs.Concurrence déloyale pour les agriculteurs français : normes plus laxistes au Mercosur.
Débouchés pour les vins, spiritueux, fromages AOP et produits de luxe européens.Risque d'accélération de la déforestation amazonienne et d'atteinte à la biodiversité.
Renforcement du lien géopolitique avec l'Amérique du Sud face à la Chine.Incohérence avec le Green Deal européen et les engagements climatiques de l'UE.
Clauses environnementales inscrites dans l'accord (Accord de Paris, lutte contre la déforestation).Mécanismes de contrôle jugés insuffisants et non contraignants.
Baisse potentielle des prix de certains produits pour le consommateur européen.Menace sur la souveraineté alimentaire et sur des filières d'élevage déjà fragilisées.

Pour aller plus loin

Le Mercosur n'est qu'une pièce d'un débat plus large sur le libre-échange, la souveraineté alimentaire et le modèle agricole français. Sur le Quizz du Berger, les thèmes qui touchent à ces sujets :

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